Histoire postale - Luxembourg - Postes rurales belges - Moniteur 2005-3

LE DÉBUT DES POSTES RURALES BELGES AU GRAND-DUCHE

CRITIQUE D'UN TEXTE DE J.P. REIS
(Histoire des Postes..., p. 162 s.)

En vue d'une révision de la liste des cachets des boîtes aux lettres publiée en 1991 dans la plaquette du Cercle Phila Dudelange, j'ai été amené à essayer de reconstituer les tournées des facteurs ruraux telles qu'elles se présentaient du 1.11.1836 (introduction au Luxembourg, à l'exception de la capitale, de la poste rurale belge) au 1.1.1843 (démarrage définitif de l'administration luxembourgeoise autonome des postes).

Le contexte de Reis

L'ouvrage de référence pour l'histoire postale du Luxembourg au XIXe siècle est l'Histoire des Postes, des Télégraphes et des Téléphones de J.P. Reis (Luxembourg, 1897).

Pour ce qui est de la situation à la fin du régime belge (22.6.1839), Reis est très explicite. Il donne p. 79 les noms et les dates de nomination des 21 facteurs employés au 23.7.1839 et publie p. 80-83 le relevé complet des facteurs et des communes desservies, tel qu'il se présentait au 1. 1. 1843.

Mais qu'en est-il de 1836, année de l'introduction de la poste rurale belge? Reis nous en renseigne p. 162-163, sous le titre Régime Belge. Je vous laisse apprécier ce texte:

Le texte de Reis

Après la prise de possession du "plat-pays" par le gouvernement belge, la distribution d'Eich fut érigée en perception des postes. Le Il, novembre 1836, deux facteurs furent nommés près de ce bureau pour faire le service rural nouvellement introduit. - Il y avait encore une perception à Diekirch, et des distributions à Clervaux, Ettelbruck, Wiltz, Echternach, Grevenmacher, Remich, Bettembourg et Mersch. - Les distributions de Bettembourg, Echternach, Grevenmacher, Mersch et Remich dépendaient de la perception d'Eich, celle d'Ettelbruck de la perception de Diekirch. Les distributions de Clervaux et de Wiltz étaient subordonnées à la perception de Bastogne.

La circonscription de la perception des postes à Eich comprenait les communes de Bech (Bech - Echternach), Berdorf, Bertrange, Bettborn, Bettembourg (distribution), Betzdorf, Bissen, Biver, Boevange slA., Bous, Burmerange, Consdorf, Contern, Dalheim, Dippach, Dudelange, Echternach (distribution), Eich, Esch slAlz., Fischbach, Flaxweiler, Frisange, Garnich, Grevenmacher (distribution), Heffingen, Hesperange, Hollerich, Junglinster, Kail, Kehlen, Larochette, Unningen, Lintgen, Lorentzweiler, Mamer, Manternach Mersch (distribution), Mertert, Mompach, Mondercange, Mondorf, Niederanven, Reckange, Remerschen, Remich (distribution), Rodenbourg, Roeser, Rosport et Sandweiler

Celle de la perception de Diekirch comprenait les communes suivantes Bastendorf, Beaufort, Berg, Bettendorf, Diekirch, Erpnsdorf, Ettelbruck, Feulen, Bourscheid, Grosbous,, Medernach, Nommern, Putscheid et Reisdorf.

La critique de ce texte

  1. On remarquera d'abord que, pour les communes desservies à partir de bureaux dépendant de la perception d'Eich (21 alinéa), Reis suit stricte- ment l'ordre alphabétique et n'indique qu'entre parenthèses lesquelles disposaient d'une distribution. Il est donc impossible de déterminer, à partir de ces données, les ressorts de ces distributions et de reconstituer les tournées des facteurs.
    Bien plus grave: la liste cesse avec Sandweiler, il manque toute la suite de l'alphabet, c'est-à-dire les communes de Schuttrange, Septfontaines, Stadtbredimus, Steinsel, Tuntange, Waldbredimus, Weiler-la-Tour, Wellenstein et Wormeldange. Perte d'une partie du manuscrit ou négligence du typographe?
  2. Par contre, les communes de la perception de Diekirch (31 alinéa) ne sont citées par ordre alphabétique que jusqu'à Feulen, l'énumération continuant par Bourscheid. Faudrait-il en conclure que celles qui suivent Ettelbrück (Feulen, Bourscheid, Grosbous, Medemach, Nommem, Putscheid et Reisdorf) étaient du ressort de cette distribution avant sa suppression en 1836? On peut l'admettre pour Feulen, Bourscheid et Grosbous, à la rigueur encore pour Medemach et Nommem, mais en aucun cas pour Reisdorf et Putscheid qui étaient sans doute desservies à partir de Diekirch.
    Et qu'en est-il de Heiderscheid, Hoscheid, Hosingen et Vianden qui manquent totalement sur la liste?
  3. Pour ce qui est de la distribution de Wiltz et de celle de Clervaux, nouvellement créée, citées au 1er alinéa, Reis n'indique pas du tout quelles communes en dépendaient. Sans doute s'en désintéressait-il parce qu'elles relevaient de la perception de Bastogne qui allait rester belge...
  4. Enfin, et c'est le plus grave, toutes les communes de l'Ouest, de Bascharage à Perlé (en passant par Differdange, Steinfort et Redange), ne semblent pas exister pour Reis. La raison en est sans doute qu'elles étaient desservies à partir d'Arlon qui allait rester belge...

Le haut fonctionnaire qu'était Reis semble avoir mai digéré la "prise de possession" d'une partie du Grand-Duché par la Belgique.

On trouve d'ailleurs une mentalité comparable de l'autre côté de la frontière: Les sources belges concernant les postes rurales ne mentionnent pas les communes du Grand-Duché perdues en 1839, parce qu'elles faisaient partie de ce qu'on appelait communément "les territoires cédés".

N'empêche que ces susceptibilités nationalistes laissent sur sa faim votre humble serviteur dont la modeste ambition était de reconstituer les tournées des facteurs ruraux pendant la période belge.

Fernand RASQUIN