Histoire postale - Luxembourg - Cachet grand double cercle (type 32) - Moniteur 2006-4

Le cachet grand double cercle (type 32)1

Le cachet grand double cercle, malgré la place étendue qu'il occupe dans le catalogue officiel des cachets usuels des bureaux de poste du Luxembourg, édité par la FSPL en 2001, me semble être le parent pauvre des collectionneurs luxembourgeois. La grande diversité qu'il présente (environ 215 cachets) rebute les marcophiles. Ainsi pas moins de 31 cachets différents sont répertoriés pour les bureaux de Luxembourg-Ville. C'est ce qui explique aussi que peu d'articles de fond lui ont été consacrés dans la littérature philatélique. En 1957 (Nl), le "Moniteur du Collectionneur" publie un article bilingue non signé qui sera repris en grande partie dans la brochure publiée par MM. Crustin, Klein et Demuth lors de l'exposition "Melusina" de 1963. Signalons d'emblée que les deux textes en allemand et en français ne se recoupent pas complètement quant à leur contenu. En 1961, M. Robert Wolter avait publié dans le N6 du "Moniteur" une liste des bureaux où le cachet a été employé et la date de son apparition. Les différents cachets sont mentionnes et partiellement reproduits dans l'ouvrage de Jos. Koetz "Les cachets sur timbres luxembourgeois de 1852 - 1945". Le Catalogue des cachets usuels cité plus haut reproduit et classifie les cachets des différents bureaux en ajoutant une liste avec les dates de fonctionnement constatées.

Ayant entrepris de monter ma collection de cachets grand double cercle à partir de la collection héritée de mon père, complétée par de nombreuses acquisitions ultérieures, je voudrais faire profiter le lecteur des constatations acquises lors de cette entreprise. Autodidacte presque complet en la matière, j'ai abordé le sujet sans parti-pris en me référant aux articles et ouvrages mentionnés plus haut. Sans vouloir me complaire dans la critique, je voudrais relever certains illogismes et imprécisions et nuancer les descriptions données jusqu'ici. J'y ajouterai quelques trouvailles et soulèverai des questions auxquelles je n'ai pas encore trouve de réponse.

Revenons à l'article bilingue mentionné plus haut pour apporter des précisions sur quelques aspects généraux concernant le cachet. L'auteur de l'article semble regretter l'introduction de ce cachet en 1882 pour remplacer le cachet à cercle unique (type 31) qu'on trouve plus élégant et plus esthétique. On reproche au nouveau type surtout sa grande taille et la mauvaise qualité de beaucoup d'exemplaires. On peut comprendre la mauvaise humeur des pionniers de la philatélie qui collectionnaient surtout les timbres de petite taille des premières émissions qu'ils fixaient au moyen de charnières dans leurs albums. Les marcophiles d'aujourd'hui qui ont une préférence pour les cachets sur enveloppes ou cartes postales sont à même de rassembler de belles pièces avec des cachets de très bonne qualité.

Dans cet article on dit aussi que le cachet grand double cercle a été remplacé par le cachet à pont et barres (type 33) en 1906, tout en constatant qu'il a été utilise dans certains bureaux jusqu'en 1940. On peut pourtant préciser, grâce aux dates d'utilisation, qu'au moins 15 cachets ont encore fait leur apparition après 1906.

Ce qui prête à discussion et à contestation, c'est notamment la classification utilisée dans le catalogue. Lorsqu'on voulut remplacer le cachet petit français (Type 05), et avant d'introduire le cachet à cercle unique (type 31) pour le remplacer, on avait essayé le cachet d'une firme allemande pour les bureaux de Luxembourg2. Ce cachet se distinguait du type 05, outre une dimension légèrement plus grande, par la particularité d'ajouter l'indication de l'heure d'utilisation (p. ex. 6 S pour 6 heures du soir) à la place où se trouvait l'astérisque dans le cachet du type 05.

Cette particularité semblait suffisante aux classificateurs pour créer une nouvelle dénomination. Or, si nous considérons dans le catalogue les cachets qu'on groupe sous le type 32, que constatons-nous? La même logique n'est plus appliquée puisqu'on groupe sous le même type des cachets qui présentent la même divergence. Le premier cachet grand double cercle à faire son apparition en 1881, ce fut le cachet utilisé pour les Postes-Relais où il n'y avait pas de place pour l'indication de l'heure qu'on trouve sur les cachets grand double cercle attribués aux perceptions et agences à travers le pays à partir de novembre 1882. Mais d'autres cachets sont encore classés sous le type 32 qui n'ont pas non plus l'aspect classique: dans le cercle extérieur, le nom du bureau et l'indication de l'heure comprise éventuellement entre deux astérisques; la date inscrite dans le cercle intérieur; éventuellement des chiffres romains ou arabes ou les majuscules A, B, C pour différencier les différents bureaux d'une ville. Mais on trouve aussi des cachets qui n'ont pas ces caractéristiques générales et diffèrent par quelque particularité. Ainsi les deux premiers cachets du bureau de Luxembourg-Ville (catalogues 32.01 et 32.02) ne présentent pas d'indication de l'heure, mais un astérisque tel qu'on le trouve pour le type 05. Ensuite il y a des cachets beaucoup plus tardifs: le cachet de la Direction des Postes et Télégraphes (32.00 sic !), utilisé entre 1921 et 1931 et celui de la Perception des Téléphones, utilisé de 1919 à 1940, où l'on ne retrouve non plus l'indication de l'heure. Bref, le type 32 désigne, outre le grand nombre de cachets qui répondent à la définition classique, quatre cachets qui ne le font pas. Logiquement on aurait dû en tenir compte dans la classification. Mais le mal est fait, on ne peut y revenir.

Tout au plus pourrait-on différencier les différentes variantes en ajoutant des lettres de l'alphabet en désignant par 32a les cachets Postes-Relais par exemple.

On dira que le problème n'est pas d'importance! On peut néanmoins imaginer une conséquence fâcheuse dans le cas suivant: Un collectionneur expose à l'étranger une collection à un cadre de cachets de Postes-Relais. Un membre du Jury étranger, peu au courant de la philatélie luxembourgeoise, pourrait dire que la collection ne répond pas aux critères qui veulent qu'une collection à un cadre ne doive pas être une partie d'une collection complète. Dans notre cas, la classification du catalogue pourrait lui fournir une preuve valable pour refuser la collection.

L'article cité plus haut indique comme dimension du cachet 26-27 mm. Cette moyenne ne s'applique pas à l'ensemble des spécimens du type 32. En mesurant les cachets en prenant comme extrémités le milieu des traits circulaires, nous avons répertorié 40 dimensions différentes. Le cachet le plus grand (32/20 mm) est celui de la Direction des Postes et Télégraphes Luxembourg, suivi des cachets de Canach et de Luxembourg-Gare-Hollerich (30/17 mm), de Luxembourg-Gare-Hollerich A et de Luxembourg-Gare-Hollerich B (30/16,5 mm). A l'autre extrême, les cachets les plus petits sont ceux de Dalheim et de Weiswampach (25/15 mm), de Luxembourg-Ville (25/14,5 mm et 24,5 715 mm). Les dimensions les plus fréquentes sont les suivantes: 28/16 mm (13 cachets), 27,5/16,5 mm (17 cachets), 27,5/16 mm (16 cachets), 27/16,5 mm (18 cachets), 27/16 mm (17 cachets), 26/15 mm (15 cachets).

En ce qui concerne la couleur de l'encre, l'article cite dit ceci: "La couleur de l'encre employée dans les bureaux de perceptions, sous-perceptions et relais était noire. Les agences aux colis gérées par des employés de chemin de fer du réseau de l'ancienne compagnie Guillaume-Luxembourg employaient l'encre bleue, celle du réseau Prince Henri et des chemins de fer secondaires se servaient de l'encre violette et bleue." Ces affirmations doivent être nuancées et précisées au vu des pièces répertoriées. Le fait est que les cachets des gares du réseau Guillaume-Luxembourg sont tous noirs, à l'exception de Sandweiler qui n'a qu'un cachet à l'encre bleue, alors que Cruchten a en plus un cachet à encre bleue, tandis que Goebelsmühle et Michelau ont un cachet violet à côte du cachet bleu. Les gares du réseau Prince Henri ont tous un cachet à encre noire, à l'exception de Born où l'on trouve l'encre bleue ou violette exclusivement. En plus du cachet noir, on trouve encore l'encre violette à Bascharage-Sanem, Belvaux et Leudelange. A Bettendorf, Boevange-sur-Attert, Bollendorf, Grundhof et Rosport on trouve à côte du cachet à encre noire des spécimens à encre bleue ou violette. On signale parfois, notamment dans le catalogue des cachets usuels, des cachets à encre verte ou bleu-vert, p. ex. pour Dudelange ou Mondorf-les-Bains. Personnellement, je suis d'avis qu'il s'agit là d'un mélange d'encre noire et d'un reste d'encre bleue ou inversement, l'encre verte ayant généralement une brillance prononcée, alors que les spécimens cités ont une apparence assez mate. Signalons encore que les gares des chemins de fer vicinaux ("Jangeli, Charely") utilisent des cachets à encre noire.

En ce qui concerne l'abréviation à côte de l'indication de l'heure, on trouve le français et l'allemand. Alors que pour le cachet à cercle unique, environ 30 % des indications sont en allemand, celles-ci sont rarissimes pour le cachet grand double cercle. Je n'ai trouvé que 6 spécimens pour les bureaux en dehors de la capitale (Differdange, Mondorf-les-Bains, Remich, Saeul et Schleif), alors que pour Luxembourg-Ville ils sont plus nombreux, répartis sur plusieurs bureaux et spécialement le bureau Luxembourg-Ville VI. Les postiers seraient-ils devenus plus francophiles avec le temps?

Curieusement, j'ai trouve deux spécimens provenant du bureau Luxembourg-Gare C avec un cachet du 1.1.1895 où le timbre estampillé entre 7 et 8 heures porte l'abréviation française S (= soir) et celui estampillé entre 9 et 10 heures allemande N (= Nachmittag).

N'insistons pas sur les nombreuses variantes typographiques: différence de taille des caractères et de leur espacement, présentation des dates, notamment en ce qui concerne la séparation jour/mois. Beaucoup de cachets présentent des négligences, comme l'omission de l'indication de l'heure ou de l'année, caractères inverses etc. Les perceptions des grandes villes ont plusieurs bureaux dont les cachets présentent dans le cercle intérieur, en plus des dates, des chiffres romains ou arabes ou les majuscules A, B, C etc. Dans ce contexte, signalons plusieurs anomalies. Ainsi on trouve des cachets de Luxembourg-Gare-Hollerich A et C, mais point avec la lettre B. II y a un cachet Luxembourg-Ville B sans qu'il y ait un cachet avec A. On trouve des cachets Steinfort et Steinfort II, sans qu'on puisse dénicher un cachet Steinfort I.

L'identification des différents cachets à l'aide du catalogue officiel ne pose pas de problèmes si lon utilise des photocopies sur feuille transparente. Certaines reproductions de cachets dans le catalogue sont défectueuses. Cela vient du fait que pour certains bureaux les exemplaires sont rares et que les cachets utilisés proviennent en majorité de cartes postales plus nombreuses du fait que les commerçants ont utilisé ce moyen de communication pratique pour passer commande chez les grossistes, l'utilisation du téléphone n'étant pas encore très répandue. Comme mon stock contenait des cachets provenant de diverses collections, j'ai pu combler de nombreuses lacunes. Curieusement, je n'ai pas pu trouver un certain nombre de cachets reproduits ci-dessous:

Parmi eux, le cachet 32.01 de Mersch me semble poser problème, vu ses dimensions exceptionnelles (28/13 mm), la taille des caractères (4 mm) et l'indication de l'heure apparentée au type 06 de Luxembourg. Par contre j'ai pu dénicher des cachets non reproduits dans le catalogue officiel: deux cachets de Bettembourg; deux d'Esch-sur-Alzette dont lun a des caractères plus resserrés et l'autre ne présentant pas d'astérisques; un cachet de Rosport aux caractères plus resserrés et aux astérisques plus petits.

Je possède aussi un cachet sur timbre de Colmar-Usines, alors que d'après l'article cité, le cachet ne serait pas sorti des tiroirs de la Direction des Postes. Signalons en passant que le cachet reproduit dans le catalogue officiel porte la date du 10.12.03, alors que d'après l'ouvrage de Poos, le bureau aurait déjà été supprimé le 15.4.1903. J'ai trouvé aussi un cachet Luxembourg-Ville VII à caractères grands et gras qui a dû exister à côté du cachet à caractères petits et fins.

Des questions se posent au sujet du cachet Luxembourg-Ville 32.04. Ce cachet est tout à fait semblable au cachet Luxembourg-Ville I 32.07. La seule différence entre les deux types, c'est la présence ou l'absence du chiffre romain I. Disons tout d'abord qu'on peut déceler dans la reproduction dans le catalogue du cachet 32.04 (voir ci-dessous) une mince trace d'un chiffre romain. Par ailleurs, il y a une pièce dans ma collection où l'on trouve côte à côte les deux types, lun avec le chiffre I, l'autre sans! La question se pose donc si la frappe du cachet n'a pas réussi à chaque coup d'imprimer le chiffre I.

Une question analogue se pose au sujet du cachet Luxembourg-Ville I 32.06. Une carte postale est marquée à son départ par deux cachets dates du 30.5.93 ne portant pas le chiffre romain I. Comme la carte a été retournée au destinataire, elle a été marquée par un cachet exactement du même type date du 1.6.93, mais portant le chiffre I. S'est-il agi du même cachet, ou existe-t-il un cachet sans chiffre I auquel le catalogue devrait alors attribuer la dénomination 32.06.

Pour le cachet Luxembourg-Ville I, 32.15, il existe aussi un exemplaire analogue sans chiffre romain I.

Une solution simple pour résoudre le problème serait de croire que le chiffre I était amovible, comme les chiffres indiquant la date et l'heure. Mais les connaisseurs affirment que ce n'était pas le cas, bien qu'en regardant le cachet Luxembourg-Gare B (type 32.06) avec le B inverse on puisse croire à une maladresse de l'employé, sinon il faudrait admettre que l'administration ait mis en Service un cachet présentant un défaut de fabrication.

Une pièce présentant une certaine curiosité, c'est une carte postale marquée d'abord d'un cachet sans indication de l'heure, puis assortie d'une deuxième cachet, à encre plus forte, présentant cette indication. Le postier avait sans doute remarqué son oubli et l'a réparé en ajoutant un deuxième cachet complet !

Lors de la réunion des délégués de la Commission traditionnelle du 4 mars 2006, M. Dieter Basien, éminent spécialiste en marcophilie, a fait profiter les assistants de sa longue expérience en remettant aux intéressés une liste des cachets des principaux bureaux munis d'un coefficient de rareté. Sont classés ainsi comme extrêmement rares les cachets Postes-Relais N 14, Colmar-Usines, Hesperange, Schouweiler, Steinfort II, Luxembourg-Gare III, Perception des Postes Luxembourg-Gare. Un peu moins rares sont les cachets de Bech, Boevange-sur-Attert, Canach, Differdange I, Goebelsmühle, Hostert, Hovelange, Medernach, Michelau, Oetrange, Sandweiler, Schieren, Schleif, Waldbillig, Luxembourg-Ville VIII, Direction des Postes et des Télégraphes Luxembourg.

Mon expérience de collectionneur m'a montré que le montage d'une collection est un travail de longue haleine, mais passionnant et intéressant par les problèmes inattendus qui sont soulevés et qui exigent une collaboration et une discussion fructueuses de tous les intéressés.

Pierre Kauthen

  1. Résumé de l'exposé fait lors de la réunion des délégués de la Commission traditionnelle du 4 mars 2006.
  2. Voir l'article de M. Dieter Basien dans le "Moniteur du Collectionneur" 2002/1.
  3. Les reproductions dont le chiffre est suivi de deux xx sont prises dans le catalogue des cachets usuels.